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Cachez ces chiffres que je ne saurai voir

dimanche 20 novembre 2005.
 
"La délinquance ne cesse d’augmenter", "nos rues ne sont plus sures", "la France a peur"... C’est ma concierge qui le dit. Elle m’a répété les propos de Claire C., qui répétait elle-même ce que lui avait expliqué le Petit Nicolas, dont les histoires ne sont - pourtant - plus vraiment inédites.

Sans vouloir insulter Goscinny & Sempé par cette comparaison, on pourrait imaginer, au fond de la cour (sise place Beauvau), « Eudes » de Villepin demandant au Petit Nicolas, en ultime représaille avant de lui écraser son poing sur le nez : « et comment que tu le sais d’abord que la France elle déborde de voyous ? _ C’est le Ministère qui me l’a dit d’abord ! », et c’est bien là le problème...

Le propos n’est pas de faire preuve d’angélisme, mais plutôt de rappeler quelques éléments de nature à relativiser ce qui se dit (ou s’écrit) parfois un peu vite sur la délinquance.

Techniquement, les chiffres officiels résultent des statistiques enregistrées par la police et la gendarmerie. Elles existent depuis 1950. Elles sont composées exclusivement des procès-verbaux afférents aux crimes et délits.

Il y a donc de nombreuses infractions qui n’apparaissent pas dans ces statistiques : celles qui ne font l’objet que d’une main courante, celles contre lesquelles les victimes n’osent ou ne peuvent porter plainte...

A l’inverse, certains comportements sont devenus des délits (leurs auteurs étant alors renvoyés devant le tribunal correctionnel) alors qu’ils n’étaient sanctionnés auparavant que par des contraventions. De plus, et surtout, les forces de l’ordre ne peuvent poursuivre avec la même intensité toutes les infractions. Du coup, selon les directives du Ministre en poste, un comportement qui fera l’objet d’une main courante sous tel gouvernement (et donc hors statistiques) sera constaté par procès-verbal sous tel autre, et inversement. La fenêtre par laquelle l’Etat surveille la criminalité a donc des airs de mansarde (voire de meurtrière, pour rester dans le thème).

La tentation peut alors être grande, notamment pour redorer un bilan, d’inviter les fonctionnaires à privilégier les mains courantes, voire à refuser tout autre information que celles transmises par le Ministère. L’émission « 90 minutes » du mardi 15 novembre a donné un bon exemple de ce phénomène. Un agent des Renseignements Généraux s’était vue confier une cellule de surveillance de la criminalité, à partir d’informations complétant celles reçues des forces de l’ordre. Les résultats de son étude avaient permis d’établir une carte relativement précise des villes françaises les plus sensibles. C’est avec beaucoup de dépit dans la voix que cet agent précisa dans le reportage, après avoir exposé les fruits de ses travaux, qu’ils furent mis au placard lorsque le Petit Nicolas arriva aux affaires...

Une fois n’est pas coutume ( ?), ma gardienne et Claire C. se sont donc fourvoyées. Si vous êtes à la recherche d’autres références, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de « Violences et insécurité : Fantasmes et réalités dans le débat français », de l’excellent Laurent Mucchielli.

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