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De Dieudonné à Finkielkraut

ou la promotion des idées "interdites"

dimanche 11 décembre 2005.
 
Alors qu’un aéropage d’intellectuels a demandé que l’émission d’Alain Finkielkraut soit retirée de la grille de France Culture, Dieudonné et ses détracteurs n’en finissent plus de faire fructifier le scandale provoqué par un sketch raté. Vous ne voyez pas le rapport ? Il est médiatique...

J’avoue sans honte que je ne connais rien de la vie ni de l’oeuvre d’Alain Finkielkraut.

Aujourd’hui, ses idées me parviennent indirectement, à la lecture de mes blogs préférés et des commentaires qui les accompagnent.

Une petite brève de Daniel Scheidermann, saluant un autre blog et hop : des tonnes de commentaires, sous commentaires, nota bene, avec plein d’autres liens qui expliquent l’origine du débat, ou qui se lancent dans des analyses sociologiques de circonstance. A peine rentré de voyage, Philippe Bilger prend la défense de celui qu’on appelle désormais AF tant on parle de lui (et tant son nom est compliqué). Bien sur, la blogosphère est hétérogène et ce n’est qu’un « petit » milieu qui s’émeut du propos, mais A. Finkielkraut risque fort de bénéficier d’un coup de promo conséquent si le retrait de son émission survient.

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On parlera - à raison - de censure, et on parlera nécessairement des raisons de la censure. Les idées du bonhomme vont être reprises avec plus ou moins de fidélité, mais quoi qu’il en soit diffusées bien plus largement que ce que l’audimat de France Culture leur promettait.

Autrement dit, les censures sporadiques appliquées à la demande de tel ou tel groupe d’intérêt sur tel ou tel sujet n’ont-elles pas précisément l’effet inverse de celui recherché ?

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Qu’on se souvienne de l’« affaire » Dieudonné. Voilà humoriste dont d’aucuns reconnaissent le talent qui, une fois n’est pas coutume, se prend un bide après avoir franchi le rubicon du bon goût. Les foudres s’abattent sur lui, à tort ou à raison, et le débat est lancé tout en restant confiné à ceux qui s’y intéressent.

Puis, certains ont entrepris diverses actions, notamment judiciaires, afin de bâillonner l’individu, dont les propos leur semblaient par trop intolérables.

A partir de cet instant, une espèce de promotion virale de différents discours plus ou moins éloignés du sujet de départ s’est développée. L’antisémitisme, le procès de l’islam, le conflit israélo-palestinien, l’intégration, le colonialisme, l’esclavage et j’en passe ont été mélangés. Tous les médias à vocation intellectuelle ont traité de tout ou partie du sujet, en invitant parfois les représentants les plus extrêmes des différentes opinions, qui n’auraient jamais eu accès à un quelconque mass media en d’autres circonstances.

Bref, on n’a jamais autant parlé de ces délicats sujets qu’après les velléités de censure dont a fait l’objet celui qui était supposé les incarner. Délicieux paradoxe, la censure ciblée est aujourd’hui le meilleur moyen de faire parler (de) celui que l’on aimerait faire taire.

Que les admirateurs d’A. Finkielkraut se réjouissent, que ses ennemis se lamentent, grace à « l’effet Dieudo », tous n’ont pas fini d’en entendre parler. Dans notre beau pays, les partisans de la censure seraient-il en définitive les meilleurs amis de la liberté d’expression ?

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